La fatigue qui ne passe pas malgré le repos : et si c'était autre chose ?

Julien Gabrelle

5 minutes

une femme fatiguée et pensive

Les histoires que je raconte ici sont romancées. Le regard que je pose s'appuie sur ma formation et sur des repères cliniques reconnus ; les personnages, eux, sont des compositions. Je crée une figure à partir de situations réelles, jamais une personne identifiable. Tout y est vrai, sauf elle.

Elle s'assoit et dit, presque en s'excusant : je ne comprends pas, j'ai dormi tout le week-end, et je suis encore épuisée. Pas de burn-out déclaré, pas de dépression diagnostiquée, pas d'événement précis qui expliquerait cet état. Juste cette fatigue-là, qui dure, qui revient, qui résiste au repos. Elle a essayé les vitamines, les week-ends prolongés, les couchers tôt. Rien ne change vraiment. Et elle commence à se demander si elle n'est pas en train de devenir quelqu'un qui sera toujours fatigué.

Ce qui me frappe, c'est que ces personnes ne cherchent pas à se plaindre. Elles cherchent à comprendre. Elles sentent confusément que quelque chose ne va pas, mais ne savent pas quoi. La fatigue est là comme un symptôme sans diagnostic, un signal sans destinataire.

Le repos ne suffit pas quand ce n'est pas le corps qui est épuisé

La fatigue physique se répare avec du repos. On dort, on récupère, on repart. Mais il existe une autre fatigue, plus sourde, qui ne cède pas au sommeil parce qu'elle ne vient pas du corps. Elle vient de ce qu'on fait avec sa vie. De l'écart entre ce qu'on vit et ce qu'on voudrait vivre. De l'énergie dépensée à maintenir quelque chose qui tient mal, une façade, une relation qui s'essouffle, un travail qui n'a plus de sens, une façon d'être qu'on n'a pas choisie.

Cette fatigue-là est un signal. Elle dit quelque chose. Pas nécessairement quelque chose de grave, mais quelque chose d'important. Et tant qu'on cherche à la faire taire plutôt qu'à l'écouter, elle revient. Elle insiste. Elle a cette opiniâtreté des choses qui cherchent à être entendues.

Ce que la Gestalt voit dans la fatigue chronique

Pour ma part, je ne cherche pas à remettre quelqu'un sur pied pour qu'il reparte comme avant. Je m'intéresse à ce que la fatigue dit. Car derrière presque toute fatigue chronique, il y a une question de contact. Non pas le contact physique, mais le contact au sens gestaltiste : la façon dont on est en lien avec ce qu'on vit, avec les autres, avec soi-même.

Quelqu'un de chroniquement épuisé est souvent quelqu'un qui a perdu le fil de sa propre présence. Il fait, il produit, il répond, il assure, mais quelque chose en lui est absent de ce qu'il traverse. Il vit à côté de sa propre vie, en quelque sorte. Et cette absence coûte une énergie considérable, plus que n'importe quelle tâche exigeante. On s'épuise beaucoup plus à ne pas être là qu'à être vraiment là.

Il y a aussi, souvent, une question de sens. Ce qu'on fait a-t-il encore du sens pour soi ? Pas au sens philosophique abstrait, mais au sens concret et quotidien : est-ce que ce que je vis nourrit quelque chose en moi, ou est-ce que je le traverse en apnée ? La fatigue qui ne passe pas est parfois la réponse du corps à une vie qui ne nourrit plus.

Comment ce travail se fait en séance

Quand quelqu'un vient avec cette fatigue diffuse, je commence par ne pas aller trop vite. La tentation est de chercher une cause, une explication, une solution. Mais aller trop vite passe à côté de ce qui cherche à émerger. Alors j'écoute, je pose quelques questions, et souvent je remarque quelque chose : la personne parle beaucoup de ce qu'elle fait, très peu de ce qu'elle ressent ou de ce qu'elle veut. Comme si elle s'était progressivement effacée de sa propre existence pour n'en être plus que l'exécutante.

Le travail consiste alors à ralentir suffisamment pour que cette personne se retrouve dans la pièce. Qu'est-ce qui compte pour elle vraiment ? Qu'est-ce qui lui manque ? Où est-ce que son énergie part, et où est-ce qu'elle revient ? Ces questions ne se répondent pas en une séance. Mais elles ouvrent quelque chose. Et souvent, le simple fait de les poser, de les tenir dans un espace où l'on peut les regarder ensemble, crée déjà un léger relâchement. Pas une guérison, juste un souffle.

Quand la fatigue demande un autre regard : d'abord écarter les causes médicales

Je veux nommer quelque chose d'important. Une fatigue qui dure mérite d'être évaluée médicalement. Certaines fatigues chroniques ont une cause physique, une thyroïde qui fonctionne mal, une anémie, une infection silencieuse, un trouble du sommeil, et ces causes-là relèvent du médical, pas du thérapeute. Mon travail commence là où la médecine a écarté ses hypothèses, ou vient en parallèle d'un suivi médical. Si une fatigue persistante n'a jamais été explorée médicalement, c'est la première étape.

Et si la fatigue s'accompagne d'une tristesse durable, d'une perte de goût pour ce qui faisait plaisir, d'un sentiment de vide qui ne passe pas, il peut s'agir d'une dépression. Là aussi, un psychiatre est l'interlocuteur juste. Je ne me substitue pas à ce regard, je travaille à côté de lui.

Une question à tenir, si vous vous reconnaissez

Si cette fatigue vous est familière, voici une question simple à porter, sans chercher à y répondre immédiatement : de quoi ma fatigue essaie-t-elle de me parler ? Pas pour analyser, pas pour trouver une solution. Juste pour lui laisser une place, et voir ce qui remonte. Si la question réveille quelque chose de trop lourd, posez-la de côté. Ces choses-là se traversent souvent mieux accompagné.

Questions fréquentes sur la fatigue chronique

Pourquoi suis-je toujours fatigué malgré un bon sommeil ?

La fatigue physique se répare avec du repos ; une autre fatigue, plus sourde, ne cède pas au sommeil parce qu'elle ne vient pas du corps. Elle naît de l'écart entre ce qu'on vit et ce qu'on voudrait vivre, de l'énergie dépensée à maintenir ce qui tient mal. Attention toutefois : une fatigue qui dort et ne passe pas doit d'abord être évaluée médicalement.

Quand faut-il consulter un médecin pour une fatigue persistante ?

Toujours en premier, si la fatigue dure et n'a jamais été explorée. Certaines fatigues chroniques ont une cause physique — thyroïde, anémie, infection silencieuse, trouble du sommeil — qui relève du médecin, pas du thérapeute. Le travail psychothérapeutique commence là où la médecine a écarté ses hypothèses, ou vient en parallèle d'un suivi médical.

Quelle est la différence entre fatigue chronique et dépression ?

Quand la fatigue s'accompagne d'une tristesse durable, d'une perte de goût pour ce qui faisait plaisir, d'un sentiment de vide qui ne passe pas, il peut s'agir d'une dépression, et le psychiatre est alors l'interlocuteur juste. La fatigue liée au sens et au contact, elle, se reconnaît plutôt à un épuisement à « faire » sans être vraiment présent à ce qu'on vit.

La fatigue peut-elle avoir une cause psychologique ?

Oui, une fois les causes médicales écartées. Derrière beaucoup de fatigues chroniques, il y a une question de contact et de sens : on s'épuise plus à vivre à côté de sa propre vie qu'à accomplir des tâches exigeantes. La fatigue qui ne passe pas est parfois la réponse du corps à une vie qui ne nourrit plus.

Note. Une fatigue qui dure, surtout si elle est intense ou s'accompagne d'autres symptômes, doit d'abord être évaluée par un médecin, afin d'écarter une cause physique. Cet article ne remplace pas un avis médical.



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